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    Défi n°1 : Ecrire un conte oriental - La vieille aux larmes d'argent

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    Lyra
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    Défi n°1 : Ecrire un conte oriental - La vieille aux larmes d'argent

    Message par Lyra le Ven 28 Oct - 1:54

    Voici ma participation au 1er défi !
    J'ai joint en document la page de contrainte que je devais respecter

    Conte oriental
    La vieille aux larmes d’argent



    Il était une fois une vieille femme que le Temps avait oubliée dans un coin reculé de la planète. Elle y vivait dans une solitude absolue, loin du bruit du monde et rares étaient ceux qui venaient perturber sa retraite. Cela arrivait cependant quelquefois, lorsque quelqu’un avait besoin de consulter l’arbre des secrets dont elle était devenue la gardienne. Cet arbre était d’une taille peu commune et son tronc noueux avait l’apparence d’une peau humaine, grisée par les années. Certains disaient que la vieille femme avait essayé, de nombreuses années en arrière, de lui transmettre sa vieillesse pour aspirer la jeunesse végétale de ce dernier qui n’était alors qu’un jeune arbrisseau. L’arbre aurait donc pris l’apparence de la jeune femme mais celle-ci n’y aurait gagné que la vie éternelle et beaucoup disaient qu’elle vivait là-bas depuis des siècles, entretenue par la vie de l’arbre qui dépérissait à sa place.
    Il est vrai que lorsqu’on se trouvait devant l’arbre, on était surpris par cette peau rugueuse dont l’écorce semblait marquée de milliers de plis, comme autant de rides humaines. La vieille femme partageait cette peau ligneuse. Sous la main, l’écorce du vieil olivier semblait plus douce et plus chaude que ce que s’étaient imaginé ceux qui avaient la chance de le toucher. Les visiteurs étaient rares car l’arbre et la vieille dame étaient situés dans une contrée lointaine, difficile d’accès, entourée de dunes de sables qui s’étendaient à l’infini et bouchaient complètement l’horizon.

       Malgré cet aspect étrange, l’olivier était majestueux et forçait l’admiration des passants. Il élevait ses branches avec fierté vers le ciel et semblait pouvoir communiquer les secrets qu’il conservait dans ses fibres aux divinités célestes. De petites alcôves naturelles, placées de manière aléatoire, garnissaient sa robe épaisse et c’est dans ces petits trous que les hommes, femmes et enfant venaient déposer leurs secrets. On disait qu’un secret qui était confié à cet arbre, ne serait jamais révélé à quiconque, qu’il ne pourrait être ébruité par ceux à qui il avait été confiés car, par un enchantement inconnu, leur langue s’immobilisait dès lors qu’ils étaient sur le point de profaner le secret d’autrui.

    Longtemps, la vieille dame s’était amusée à voir les jeunes les plus hardis se hisser le plus haut possible dans l’arbre, laissant leurs babouches sur le sol fiévreux pour adhérer plus sûrement à l’écorce. Ils grimpaient et grimpaient tels des félins, sans la moindre difficulté et se penchaient alors sur une alcôve insoupçonnée pour murmurer dans l’une des multiples oreilles de l’arbre leurs secrètes pensées. Ils redescendaient, aussitôt après avoir embrassé l’horizon d’un regard supérieur, aussi agilement qu’ils étaient monté. Ils s’inclinaient alors devant l’arbre et le remerciaient puis se tournaient vers la grand-mère, la remerciaient à son tour avant de repartir pour leur patrie.

    Nul ne s’était intéressé à cette vieille dame solitaire qui gardait l’arbre des secrets, sinon pour l’accuser d’avoir usé de sorcellerie contre l’arbre afin de lui voler sa jeunesse. Beaucoup se moquaient de sa tentative, qui n’avait abouti qu’à lui donner, selon eux, la vie éternelle sans lui redonner la jeunesse qu’elle était censée avoir imploré auprès de lui. Mais personne ne s’était interrogé sur la raison de sa présence auprès de l’arbre. Personne ne s’était interrogé sur la vie qu’elle avait pu avoir avant. Les voyageurs avaient bien constaté qu’elle était sans cesse en train de pleurer et que des larmes brillaient sur son visage comme autant de perles de nacre, mais jamais personne ne s’était demandé pourquoi elle avait tant de chagrin. De toute part, on l’appelait « la vieille aux larmes d’argent » et tout le monde tenait pour acquis que c’était sa jeunesse disparue qu’elle pleurait.

    La vérité, c’est que la vieille dame, depuis qu’elle était arrivée en ce lieu étrange, pleurait des larmes d’argent. Or, c’était ces larmes qui avaient permis à l’olivier de grandir au fil des années. Chaque matin, au lever du jour, la vieille se mettait à pleurer, contre son gré, et chaque matin, ses larmes dessinaient un filet argenté qui s’immisçait entre ses doigts et continuait sa course vers le sol, créant petit à petit une rigole juste assez large pour glisser vers l’arbre qui buvait ces gouttes et s’accroissait alors. En vérité, c’était ces larmes d’argent qui conféraient à l’olivier ses pouvoirs extraordinaires.

    Il y avait des années de cela, une vieille dame, couverte d’un long châle bariolé, à la peau brûlée par le soleil et aux yeux d’argent était arrivée en ce lieu reculé et, à bout de forces, elle s’était effondrée sur le sol. C’est là qu’elle s’était mise à pleurer, jour et nuit, sans discontinuer, sans même se rendre compte qu’autour d’elle se formait une flaque argentée. De longues heures durant, elle s’était abandonnée à un chagrin retenu depuis trop longtemps, puis elle s’était apaisée et avait voulu se lever pour repartir mais son corps ne lui obéissait plus. Et, tout à coup, elle avait découvert avec surprise le petit lac argenté qui s’était formé autour d’elle et, sur les bords de ce lac, elle avait vu une pousse, toute jeune encore qui ne se trouvait pas là lorsqu’elle était arrivée.

    Ne pouvant bouger, elle resta donc immobile, et sa peine la rattrapa. Elle se remit à pleurer. Lorsqu’elle releva enfin la tête, la jeune pousse était devenue une belle plante. Et, jour après jour, elle pleura. Et, jour après jour, la plante grandit, jusqu’à devenir un jeune olivier. Plus la femme pleurait, plus l’arbre grandissait puis vieillissait. Ainsi en était-il arrivé à ressembler à cette vieille forme humaine à la peau crevassée et ridée. Depuis ce temps, la vieille aux larmes d’argent n’avait pu faire le moindre mouvement et elle ne comprenait toujours pas pourquoi ses larmes s’étaient teintées d’argent et pourquoi elles avaient permis à l’olivier de grandir et de garder les secrets des gens qui s’adressaient à lui. Depuis de longues années, elle pleurait son enfant mort, alors qu’il était encore jeune. Elle avait traversé le désert pendant des jours et des jours fuyant le lieu infernal où les bandits s’étaient saisis de son protégé pour lui couper la gorge de leurs sabres et récupérer les quelques pièces et bijoux qu’il emportait avec lui. C’est ainsi qu’elle avait fini, à bout de fatigue, les yeux secs de ne pas pouvoir pleurer, par sentir ses forces la lâcher et par s’écrouler sur le sol de sable brûlant. C’était là qu’elle avait enfin senti les larmes affluer et qu’elle avait pu soulager sa douleur en pleurant.

    Depuis lors, elle n’avait pas bougé d’un centimètre, se nourrissant des olives de son arbre et des rares denrées que les voyageurs déposaient en offrande à ses pieds, de peur qu’elle n’aspire leur jeunesse comme elle l’avait fait pour l’arbre. Lorsqu’une caravane passait par ici, elle prenait soin de ravitailler la vieille aux larmes d’argent.

    Un jour cependant, la vieille constata qu’elle pouvait de nouveau bouger et elle décida qu’elle avait suffisamment pleuré son enfant, qu’il fallait à présent qu’elle s’éloigne de ce lieu où sa peine semblait pouvoir s’épancher à l’infini. Elle était déterminée à guérir par tous les moyens ce chagrin inconsolable.

    Elle se mit donc en route un peu au hasard, sans un regard en arrière, sans même dire adieu à cet arbre des secrets dont elle ne savait même pas s’il survivrait à son départ. Et sur le chemin, elle continuait à pleurer. Les larmes d’argent tombaient sur le sol devant elle, et formaient de petites gouttes étranges, sur le sable devenu étanche, comme de petites paillettes brillantes sous la lune argentée. De ses larmes naissaient de nouveaux arbres et une forêt commençait à s’élever derrière elle, sans même qu’elle y prit garde, trop absorbée par son chagrin.

    Après plusieurs jours de marche, elle arriva aux portes d’une cité de sable dans laquelle elle hésita à pénétrer. Un homme, qui arrivait du désert, la trouva ainsi hésitante devant les grandes portes. Il revenait du désert où il était parti chercher toutes sortes de plantes et de roches, et il en avait plein les poches et les mains. La minuscule forêt qui poussait derrière cette étrange vieille femme l’avait intrigué et il s’était empressé de retourner sur ses pas pour rejoindre la ville et élucider ce mystère.

    - Bonjour vieille femme, qui es-tu ?
    - Je suis la vieille aux larmes d’argent. Dis-moi, tu connais cette cité qui se dresse devant moi ?
    - J’y habite. C’est la cité du sultan Bân-Hamel que tu as devant toi. Tu viens d’entrer dans le pays au croissant de lune. Pourquoi es-tu là étrange femme poursuivie par la forêt ?
    - Poursuivie par la forêt ? s’étonna la vieille.

    Elle se retourna alors et remarqua pour la première fois de son aventure les centaines de petites pousses qui marquaient le chemin qu’elle avait emprunté, comme autant de traces de pas dans le sable. Elle se retourna vers l’homme et reprit :

    - Je suis là parce que je cherche un remède à ma peine. Je voudrais pouvoir arrêter de pleurer la mort de mon fils. Cela fait des années que mon deuil dure et j’aimerais y mettre fin.

    L’homme sembla très intéressé par les propos de la vieille aux larmes d’argent et lui proposa aussitôt de la conduire chez lui afin qu’elle se repose de son long voyage. Elle le suivit donc, refoulant avec peine ses larmes qu’elle prenait soin désormais de recueillir dans son voile.

    L’homme habitait une maison de sable durci qui ne comportait qu’une fenêtre et qui se situait derrière un magasin. Ils entrèrent d’abord dans la pièce commerçante afin de déposer les plantes ramassées par l’homme. La boutique était garnie de nombreuses étagères couvertes de mortiers et de bocaux comportant des plantes et racines variées.

    - Qui es-tu donc ? demanda la vieille.
    - Tu as devant toi le plus célèbre apothicaire du pays. Je soigne les maux, toutes sortes de maux. Viens par ici, je vais te montrer ma spécialité. As-tu déjà entendu parler des miracles de la sève de baume ?
    - Le baume ? En effet j’en ai entendu parler. N’est-ce pas cette plante que l’on nomme aussi le dictame dans certaines contrées lointaines ?
    - Celle-là même. Mais je préfère garder son nom originel.
    - J’ai entendu dire que la sève de baume permettait de calmer les souffrances les plus vives. Est-ce que cette sève de baume, dont tu te dis le spécialiste, pourrait m’aider à éloigner mes larmes ?
    - Bien sûr qu’elle le peut, si elle est bien préparée. Et si tu me rends un petit service, je pourrai te concocter un petit remède qui fera des miracles.
    - Comment puis-je t’aider ?
    - Avant tout, il aurait fallu demander le pourquoi. Si tu dois m’aider, c’est parce que je ne possède plus de baume. Le sultan conserve les derniers spécimens dans les jardins du palais et il régule désormais le commerce. Je ne peux en obtenir que par ton biais.
    - Pourquoi le sultan m’en donnerait-il plutôt qu’à toi ?
    - Parce que tu as un pouvoir inestimable. Tes larmes sont d’argent et font naître des forêts.

    La vieille aux larmes d’argent comprit et accepta de venir en aide à l’apothicaire, pour qu’il puisse, en échange, l’aider à soulager sa peine. Cette nuit-là, elle dormit chez son nouvel ami afin d’être reposée pour sa visite au sultan qui aurait lieu le lendemain matin.

    Lorsqu’elle se réveilla, elle ne perdit pas une minute et se mit en marche vers le palais. La cité était grande et elle avait beaucoup de mal à avancer en raison de son grand âge. L’apothicaire à la sève de baume la conduisait d’un pas assuré, la guidant parmi le dédale des rues. Ils arrivèrent enfin, en fin de matinée, devant le palais et demandèrent audience auprès du vizir. Celui-ci s’occupa de tout avec empressement dès qu’il comprit que la vieille portait en elle un don inestimable. Tout fut aussitôt arrangé et l’apothicaire et la vieille n’eurent à attendre qu’une heure la rencontre avec le sultan.

    Celui-ci les reçut dans une salle immense aux colonnes dorées à la feuille d’or. De lourds rideaux d’un rouge éclatant abritaient le sultan du soleil carnassier qui, malgré la saison hivernale, dévorait les peaux trop exposées. Il était allongé dans un fauteuil garni de riches étoffes et, devant lui, posée sur une table incrustée de pierres précieuses, une corbeille de fruits côtoyait des carafes remplies de liqueurs couleur de rubis. Lorsqu’ils entrèrent dans l’immense salle, le sultan les salua puis en vint directement au fait :

    - Vieille femme, on m’a dit que tu pleurais des larmes d’argent qui faisaient naître des forêts merveilleuses aux pouvoirs éclatants. On m’a aussi rapporté que tu souhaitais te débarrasser de ce pouvoir et que c’était la raison pour laquelle tu t’adressais à moi, afin que j’accepte de t’offrir le baume qui permettra de panser tes souffrances.

    La vieille aux larmes d’argent acquiesça silencieusement. Le sultan la fixait de ses yeux perçants tandis qu’elle gardait les yeux rivés sur le sol, trop respectueuse pour oser porter ses regards sur cet être royal.

    - Il serait dommage de perdre un don si précieux. Voilà ce que je te propose. Viens pleurer pendant trois mois sur la terre de mes jardins, garnis-les de plantes fabuleuses. Au bout de trois mois, j’accepterai de te confier le baume dont tu as tant besoin.

    Le marché fut ainsi conclu. La vieille dame n’avait pas le choix. Ce que le sultan demande, le sultan l’obtient. Elle savait cela comme tout le monde, et elle se garda bien de contester ses désirs.

    La vieille aux larmes d’argent vint donc s’installer dans le palais du sultan. Elle était choyée comme jamais encore elle ne l’avait été, mais tout ce luxe et toute cette attention n’empêchaient pas ses larmes de couler et la douleur du deuil de rembrunir sa figure. Chaque jour, elle se rendait dans les jardins suspendus du sultan, et chaque jour elle se promenait en laissant couler devant elle ses larmes d’argent qui, une fois touchée la terre, faisaient naître un arbre aux pouvoirs magiques.

    Cependant, elle se permit de rajouter quelque chose que le sultan n’avait pas demandé et qui, de toute évidence, ne lui était pas interdit puisque personne ne lui avait donné de consignes autres que de pleurer dans le jardin pour faire pousser des arbres. Elle prit soin de raconter chaque jour aux arbrisseaux qui poussaient doucement une nouvelle histoire. Il y eut ainsi quatre-vingt-douze histoires que la vieille aux larmes d’argent raconta aux arbres et ceux-ci s’imprégnèrent de la voix de la conteuse et le long de leurs fibres, les mots contenus par les larmes d’argent voyageaient de leurs racines jusqu’au bout de leurs branches.
    Ainsi arriva le jour de la délivrance. La vieille aux larmes d’argent alla trouver le sultan pour lui demander son dû. Mais le sultan n’avait pas l’air décidé à tenir sa parole.

    - Ecoute, vieille femme, ce don que tu as est très précieux. N’y a-t-il pas un moyen autre de te défaire de lui ? Ne peux-tu pas le transmettre à quelqu'un d’autre, afin que son pouvoir ne soit pas perdu à jamais ?
    - Sultan, j’ai obéi à tes désirs. Maintenant, j’attends de toi que tu tiennes ta part du marché. Donne-moi le baume que je suis venue chercher.
    - Le baume que tu es venu chercher, je peux te le procurer. Mais cela est loin de me satisfaire et il ne vaut pas quelques jours à déambuler dans mes jardins. Vois-tu, je vais te proposer un marché à a hauteur de ce que tu me demandes. Car, en te donnant le baume, je ne vais pas seulement me priver d’une plante rare aux vertus incroyables, je vais aussi me priver du bienfait de tes larmes qui pourraient m’offrir la plus grande richesse qui existe au monde : une forêt enchantée. Toi, de ton côté, que m’as-tu offert ? Quelques jours de ta vie, quelques larmes de tes yeux. Je perds deux choses en te donnant le baume tandis que toi tu ne m’as donné qu’une chose. Je te demande donc de me rendre un deuxième service afin que notre échange soit parfaitement juste. Mais je te préviens, si tu échoues, tes larmes d’argent seront miennes pour toujours.

    La vieille aux larmes d’argent comprenait ce que voulait dire le sultan, même si cela la contrariait et lui paraissait relever plus du caprice que de l’équité. Elle accepta donc de rendre un dernier service au sultan, en lui précisant bien qu’il s’agirait du dernier. Celui-ci se mit à sourire, car il supposait bien que ce serait le dernier, puisque ce qu’il allait lui demander, il savait que cela lui serait impossible.
    - Je veux que tu m’offres un bol de grenades fraîches. Je le veux sur cette table à la fin de la semaine.

    La vieille femme ne put empêcher la surprise de marquer son visage.

    - Un bol de grenades fraîches ? Mais nous sommes en plein hiver ! Nulle part il n’existe de grenades capables de pousser à cette époque.
    - Je t’ai dit ce que je souhaitais. Si tu échoues, je ne pourrai pas te donner ce que tu m’as demandé. C’est ce dont nous sommes convenus.

    La vielle aux larmes d’argent comprit que le sultan l’avait trompée afin de pouvoir se servir pour toujours de ses larmes. Elle ne se découragea pas pour autant, car elle n’avait rien à perdre. Son fils, son cher fils, était mort depuis longtemps. Elle n’attendait plus rien de la vie. Elle quitta donc le palais en compagnie de l’apothicaire qui compatissait à son sort et regrettait de ne pouvoir avoir une nouvelle fois en sa possession le précieux baume qui avait fait sa réputation. Ensemble, ils regagnèrent la boutique et cherchèrent une solution.

    - Il existe une contrée où l’on récolte des graines que l’on conserve tout l’hiver afin de les consommer comme des fruits, raconta l’apothicaire à son amie. Peut-être pourrait-on y aller et essayer de voir s’ils ne peuvent pas faire, avec leurs graines, naître des fruits ? On raconte que cette cité est reconnaissable à une constellation qui forme au-dessus de ses murs comme une écuelle de graines et que l’on nomme La Grande Ourse.
    - Nous n’avons pas d’autre solution que celle-ci. Essayons toujours, répondit la vieille femme.

    Ils se mirent donc en marche sans plus tarder. Ils marchèrent longtemps, et de nouvelles forêts poussèrent derrière la vieille femme. Grâce à une concoction de l’apothicaire, ils purent avancer plus vite, sans jamais se fatiguer, et c’est ainsi qu’ils arrivèrent aux portes d’une cité dont les remparts étaient marqués d’une constellation qui formait en effet un bol de graines.

    Quand ils arrivèrent, on leur dit d’attendre le matin pour se rendre au marché. Ils trouvèrent donc à loger pour la nuit et se levèrent à l’aube le lendemain. Au marché, ils furent heureux de constater que ce qu’on leur avait dit était vrai. Les étals étaient remplis de graines que les marchands appelaient de noms exotiques : lentilles, pois chiches, haricots. La vieille aux larmes d’argent et l’apothicaire sentirent le soulagement les saisir et ils s’empressèrent de demander aux marchands par quel prodige ces graines se transformaient en fruits comestibles.

    - Il faut les faire bouillir dans de l’eau, voyez-vous, comme ça ! Et une fois que vous sentez qu’ils sont ramollis vous pouvez les déguster en bouillie.
    - Et quels fruits cela donne-t-il, s’empressa de demander l’apothicaire. S’agit-il de dattes, d’abricots, de figues ou encore…
    - Peut-il s’agir de grenades ? le coupa la vieille.
    - De quoi me parlez-vous là mes amis ? La lentille reste lentille et le haricot haricot !
    - Comment ça ? s’étonnèrent les deux amis. Ne disiez-vous pas à l’instant qu’ils se transformaient en fruits comestibles ?
    - En fruit comestible oui. La lentille, une fois molle, peut se manger. Elle devient égale à un fruit et tout aussi nourrissante ! Plus besoin de se priver de fruits en hiver !

    Les deux amis sentirent leurs espoirs s’envoler. Ainsi donc, il n’y avait aucune magie dans ces fruits ? Ce n’était que des graines qui restaient graines mais en devenant comestibles pour les hommes ? Dès lors, quelle solution leur restait-il ? Ils s’éloignèrent à regret. Mais un mystérieux marchand les rattrapa et dit à la vieille femme :

    - Vous m’avez l’air bien malheureux ma bonne dame. Tenez, ouvrez votre main, voici trois grains de sésame qui, si vous avez le cœur pur, pourrons vous aider dans votre quête.

    La vieille aux larmes d’argent remercia le vieil homme sans trop savoir quoi faire de ces grains de sésame qui lui semblaient bien pauvres face aux grenades qu’attendait le sultan. L’apothicaire la reconduisit chez lui grâce à la concoction qu’ils avaient utilisée à l’allée et ils se couchèrent. Mais la vieille ne pouvait réussir à dormir. Elle retourna dans la boutique où ils avaient rangé les grains de sésame. Elle souhaitait les regarder pour essayer de comprendre le secret qu’ils pouvaient garder. Mais lorsqu’elle arriva dans la boutique, elle trouva un homme debout près du sésame, un feu crépitant dans le creux de sa main, et sur le point d’attraper les graines. La vieille aux larmes d’argent se précipita sur lui et réussit à l’éloigner des graines qu’elle souhaitait protéger. Le cavalier s’enflamma alors entièrement, à la grande surprise de la vieille femme qui ne comprenait pas d’où venait cette sorcellerie. De rage et de désespoir, elle se mit alors à pleurer plus fort qu’à l’accoutumée, sans pouvoir se contrôler et ses larmes formèrent de longs ruisseaux comme c’était souvent le cas et ces ruisseaux glissèrent vers le cavalier de feu mais au lieu de rester à ses pieds, ils montèrent petit à petit sur son corps, l’enveloppant entièrement et l’argent fondait au contact du feu et pénétrait de plus en plus prêt de la peau. En un instant, le cavalier fut recouvert d’argent et le feu fut étouffé. Soudain, un cri s’échappa de cette armure d’argent et les gouttes explosèrent en milliers de perles nacrées qui vinrent rouler sur le sol. Du cavalier de feu, il ne restait plus rien.

    La vieille aux larmes d’argent comprit alors que si on en voulait à ses grains de sésame, c’est qu’elles avaient véritablement une valeur comme l’avait prétendu le vieux marchand qui les leur avait donnés. Elle alla chercher l’apothicaire qui dormait toujours pour lui raconter ce qui venait de se passer et lui demander de l’aider à percer le secret du sésame. Lui qui était si proche des plantes, il devait pouvoir comprendre quelle sortilège pouvait se cacher derrière le sésame.

    - As-tu essayé, demanda-t-il après un long moment de réflexion silencieuse, de verser une de tes larmes sur ces grains ? Peut-être que la propriété végétale de tes larmes pourrait nous aider ?

    La vieille femme se mit alors à pleurer et des gouttelettes d’argent tombèrent de ses cils pour inonder le comptoir sur lequel étaient posés les grains de sésame. De toute part, là où les larmes avaient touché le bois de petites plantes s’étaient mises à pousser. Une goutte se posa enfin sur l’un des grains de sésame et celui-ci se transforma en une immense grenade juteuse. Les deux amis étaient éblouis. Lorsque les larmes touchèrent les deux autres grains, ceux-ci se transformèrent à leur tour.

    - C’est un prodige !

    Les fruits avaient une odeur délicieuse qui embaumait toute la boutique. Cette douce odeur enivra les deux amis qui ne purent fermer l’œil de la nuit. Le lendemain, aux aurores, ils étaient au palais où ils entendirent des rumeurs. De toute part, des hommes et des femmes discutaient du cavalier de feu, principal garde du sultan, qui s’était volatilisé cette nuit alors qu’il était en mission spéciale. Les deux amis comprirent alors que le sultan avait une nouvelle fois cherché à tricher.

    Ils le retrouvèrent cependant dans la grande salle, installé comme à l’accoutumé dans ses coussins. Et lorsqu’ils lui tendirent le bol rempli des trois grenades, il ne put que s’incliner.

    - Tu es beaucoup plus puissante que je ne le pensais vieille femme. Puisque tu as rempli ta mission avec succès, je te dois des excuses. Mais il y a longtemps que je n’ai plus de ce baume que tu recherches… Cependant, demande-moi ce que tu souhaites et je te l’accorderai, en échange de ce don que je ne puis te faire.

    Se sentant une fois de plus trahis, l’apothicaire et la vieille aux larmes d’argent commencèrent à s’impatienter. Mais la vieille femme avait eu une bonne intuition lorsqu’elle avait dû errer dans les jardins suspendus du palais. Elle demanda alors au sultan, sachant qu’il s’agissait de la seule chose qu’il ne voudrait pas lui accorder :
    - Les arbres que j’ai fait pousser de mes larmes dans ton jardin doivent être robustes maintenant. Ils ont atteint un âge avancé. Je souhaite que tu les abattes tous et que tu te serves de leur bois pour former une bibliothèque qui n’ait pas son pareil dans tout l’univers.

    Le sultan resta hébété par cette demande et, ne pouvant refuser puisqu’il avait promis, il accepta, le cœur serré. On dit que les ouvriers qui s’attelèrent à la tâche furent surpris d’entendre, tandis qu’ils abattaient les arbres, des voix mystérieuses qui racontaient des histoires. Ces bruits firent sourire d’un sourire malicieux, entre deux flots de larmes, la vieille femme.

    Ainsi le sultan fit construire la plus grande et la plus somptueuse de toutes les bibliothèques de l’Orient. Et lorsque l’on se promenait entre ses murs, l’on entendait d’étranges voix qui contaient des histoires. La vieille aux larmes d’argent en fit sa demeure et, plongée dans les ouvrages qui garnissaient les belles étagères de bois enchanté, elle ne laissa plus jamais couler une seule larme d’argent. Les contes avaient guéri sa trop grosse blessure, en lui faisant oublier son passé pour l’emporter vers de lointaines et fabuleuses contrées imaginaires.
    Fin

    By Lyra
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    Eryn
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    Re: Défi n°1 : Ecrire un conte oriental - La vieille aux larmes d'argent

    Message par Eryn le Sam 29 Oct - 6:35

    Lyra ! tu as relevé le défi avec brio !
    C'est fou comme tu as réussi à créer une histoire cohérente avec plein d'éléments disparates... j'avais pas du tout vu venir la fin avec la bibliothèque et j'adore :3
    Si je peux me permettre une critique néanmoins: je pense que le début est à retravailler, j'ai eu un peu de mal à rentrer dedans.. je crois que c'est à cause du style qui n'a pas l'air très naturel, mais c'est marrant on dirait vraiment que tu t'es libérée au fur et à mesure parce qu'au bout d'un moment on ne ressent plus du tout ça. Je dirais que ça devient vraiment bien à partir du moment où elle quitte son arbre. Voilou, bravo d'avoir réussi ce défi !


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    "Il y a deux réponses à cette question, comme à toutes les questions tu le sais bien, celle du poète et celle du savant. Laquelle veux-tu entendre en premier?"
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    Lyra
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    Re: Défi n°1 : Ecrire un conte oriental - La vieille aux larmes d'argent

    Message par Lyra le Sam 29 Oct - 19:51

    Merci Eryn pour ton retour !!!
    Je note pour le début, je vais essayer de le retravailler du coup !
    Pour le moment je n'ai pas pris le temps de le relire mais c'est vrai qu'au début je n'y arrivais pas alors j'ai laissé de côté un bon moment. Pendant ce temps, j'ai écrit autre chose puis je suis revenue au conte une ou deux heures après et forcément, le début était plus compliqué que la suite parce que je ne savais pas encore bien où j'allais, je n'avais pas fait de plan et l'intrigue s'est formée au fur et à mesure que j'écrivais =D

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    Re: Défi n°1 : Ecrire un conte oriental - La vieille aux larmes d'argent

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